Philosophie


Un haricot vert à la recherche d’un soutien…

Un petit texte sur ma vision des « méfaits » de la pensée….

« Je suis donc je pense » – La pensée superflue

En écrivant « Je pense, donc je suis », Descartes a sans doute, jusqu’à nos jours, influencé de nombreuses générations qui ont cru, dur comme fer, que la pensée était indispensable à la vie de l’être humain.

Moi-même, récemment encore, j’étais entièrement d’accord avec Philippe Labro, qui fait dire à un de ses personnages de son roman « Franz et Clara » que « seuls sont vivants ceux qui posent des questions ».

Cependant lorsqu’on observe la nature, lorsqu’on voit les plantes pousser et les animaux voler, courir, manger, boire, copuler et faire leurs besoins naturels sans se soucier du lendemain ou même de l’instant qui suit, il nous faut bien reconnaître que ces êtres vivants vivent sans penser.

Il faut évidemment faire la différence entre l’intelligence et la pensée.
Car, en effet, les plantes, les animaux sont doués d’intelligence. Il n’y a qu’à observer les insectes, les fourmis entre autres, et même le haricot vert qui lance sa tige dans l’espace à la recherche d’un support, pour admettre qu’une (certaine forme d’intelligence les animent et les aident à (sur)vivre.

Nous avons en nous l’orgueil de prétendre que nous sommes les seuls êtres intelligents…

Ce que je crois, c’est que nous avons reçu (ou développé) la pensée dite rationnelle (qui semble-t-il siège dans l’hémisphère gauche du notre cerveau).
Il faut d’ailleurs se demander si ce « don » ne doit pas – justement – nous permettre de prendre conscience de l’irrationnel, de percevoir l’inexplicable !

Il m’est apparu – non pas sous forme d’une pensée mais plutôt par une sorte de perception fugitive, un flash, une respiration de l’esprit – que cette pensée, dont nous faisons – à grands cris parfois – notre apanage est superflue à la vie.

Qu’est-ce vivre sinon naître, respirer, se nourrir, déféquer, uriner, faire l’amour pour se reproduire ou y trouver la joie, élever sa progéniture puis mourir un jour comme tout ce qui existe autour de nous et dans l’univers : des amibes aux systèmes planétaires, voire l'(es) univers lui-même ? Tout naît et meurt dans un mouvement d’expansion et de retour à l’état qui précède la naissance.
Entre parenthèses, les patients qui sont dans le coma sont-ils encore capables de penser ?
Pourtant ils continuent à vivre.

Nous (?) avons donc « ajouté » la pensée à la vie, en surplus. Le problème (la faute à Descartes ? Mais d’autres avant et après lui) est que nous avons fait de la pensée quelque chose de « dominant » la vie.
Cette pensée nous entraîne vers les illusions, les projections, les angoisses, les soucis, occultant souvent notre perception corporelle de la vie telle qu’elle est.
.
La religion (catholique) a aussi joué son rôle de falsification de la vie en occultant l’importance de notre corps (alors que « le Christ est le Verbe qui a pris corps »), nous entraînant vers d’autres illusions dans le but louable (?!) de nous libérer de nos angoisses (mais, en croyant à Dieu ou à toute autre divinité, personne ou chose, nous les fuyons plutôt, ce qui est tout sauf une libération de nos angoisses).

Le corps est en effet ce qui nous rattache à  la vie et à tout ce qui fait ce que nous sommes. Notre corps est aussi le lien avec la nature et tous les autres vivants (par nos perceptions sensorielles) et, également avec notre esprit et notre pensée. Si nous n’avions pas de corps, nous ne pourrions même pas penser !…..

Il me semble donc important de remettre les choses à leur place : le corps est indispensable à la vie, la pensée y est utile mais pas indispensable.
Soyons donc dans la gratitude qu’il nous est permis de penser mais n’oublions pas de vivre dans le concret de la vie par notre corps !

Une réflexion vécue sur la solitude :

La solitude n’est pas une réalité !

« La compréhension de l’ego marque le début de la cessation de notre isolement – donc de la solitude ». Jiddu Krishnamurti

Préambule

Il y a 2 ou 3 ans, je m’étais donné comme défi de me sentir connecté avec ceux que j’aime (et le reste du monde) sans leur parler, leur téléphoner, leur envoyer de courriel, etc,….
J’avais alors déjà pris conscience que ne supportant pas (bien) ma solitude, j’étais dans le manque, la dépendance et que, à certaines périodes de ma vie, j’entrais en relation (amoureuse) pour fuir mon angoisse de la solitude, de l’abandon.
Un signe également très révélateur de la souffrance que me procurait la solitude était ma surconsommation de nourriture, de sucreries, de boisson et mon besoin compulsif de compenser…..

Dépendance, manque, besoin de compenser = fuite, occultation de la souffrance causée par la solitude.

Lorsque j’ai pris ma pré-retraite, l’année passée, je n’ai pas voulu me lancer dans des tas d’activités pour occuper tout le temps libre que j’avais désormais devant moi. J’ai senti, confusément, que je devais vivre ma solitude, en faire l’expérience,….

Aujourd’hui, en lisant le livre « De l’amour et de la solitude », de Krishnamurti, une « évidence », que je qualifierais de « primordiale », est née dans ma conscience.

Le concept « solitude »

Vivre, c’est être en relation, en connexion avec le reste du monde.

Je ne peux pas être en dehors du monde, en dehors de l’univers. Donc je ne peux être isolé, seul. Il est idiot de penser pouvoir être hors du monde. C’est pourtant ce que je fais lorsque je me sens seul.
Que je le ressente ou pas, je suis connecté avec le reste de l’univers puisque je suis dans l’univers.
Si on considère la plus petite des cellules de mon corps, celle-ci n’est pas seule ni isolée. Elle est en connexion permanente avec toutes les autres cellules de mon corps.
La plus petite fleur des champs est « dans le monde » et donc en connexion avec celui-ci. Elle reçoit les rayons du soleil, la pluie du ciel, la nourriture du sol, se multiplie par le butinage des insectes et par l’ensemencement, etc,….
Le poisson dans l’océan, est-il seul ? Non, n’est-ce pas. Même la plus solitaire des espèces, celle qui ne vit pas en banc, est en connexion avec l’univers marin dans lequel elle vit, son environnement qui lui assure la (sur)vie et le « rassure ».
Même un poisson dans un bocal n’est pas tout à fait seul puisqu’il sent l’eau autour de lui, puisqu’on lui donne de la nourriture, puisqu’il voit des personnes et des animaux derrière son bocal….
Un homme sur une île déserte est-il vraiment seul ? Ou est-il seulement « éloigné » ?

Ainsi, étant une infime partie de l’univers, comme la cellule est une infime partie de mon corps, comme le poisson vit dans l’océan, je suis forcément en connexion avec tout l’univers.

Les physiciens et les astrophysiciens le découvrent chaque jour : tout dans l’univers, de la particule infiniment petite (quark, corde) jusqu’à la galaxie, est en interdépendance, en interaction.

Pourquoi ne suis-je pas rassuré dans mon environnement, ne suis pas en connexion avec lui ? Je ne peux, de toute évidence, pas être réellement, physiquement, coupé de l’interdépendance. Alors ?

Si je me sens seul, ce ne peut être qu’un effet de mon ego, de mon mental, de mon système de pensées.

Un nouveau-né se sent-t-il seul ?
Ce n’est que lorsque l’ego du petit enfant s’est développé que naît dans son esprit le concept de solitude, d’isolement et la peur de celui-ci ainsi que toutes les autres peurs qui s’en suivent : peur de l’abandon, peur du vide, de la vacuité [1]….
Ce concept lui vient probablement de l’amour possessif de ses parents qui créée la séparation, le besoin d’identification, d’appartenance,….
La solitude n’est donc pas une chose réelle mais une illusion créée par l’ego qui recherche l’individualité, l’isolement, la duplicité qui sont opposés à la complétude.

Ego = duplicité, individualité = isolement # complétude.

En visionnant ces jours-ci sur l’Internet la vidéo du témoignage de Jill Bolte Taylor (www.dailymotion.com), j’ai reçu un éclairage différent du fonctionnement de notre cerveau et du rôle partagé de nos deux hémisphères. J’ai compris qu’ils fonctionnent tout à fait différemment, l’un, le gauche, développant l’ego et le rationnel et protégeant notre « personne » en en fixant les limites et l’autre, le droit, qui possède la conscience de l’interdépendance, de l’énergie de vie, de l’infini, de l’illimité, du moment présent.
Cela évoque pour moi le yin et le yang. Comme le yin et le yang, nos deux hémisphères, bien qu’ayant un fonctionnement opposé, se complètent et se dynamisent. Nous ne pourrions pas vivre dans une vision du monde sans limites.
Seulement, je crains fort, que dans peu de temps la boîte crânienne des générations futures ne finisse pas par se déformer et prendre un aspect dissymétrique, tant nous avons tendance à n’utiliser que l’un des deux hémisphères, le gauche, celui de l’ego, celui qui sépare !

Même si le veux, je ne peux pas -tant que je vis – être hors du monde, être seul.
Si on isole totalement une fleur, sous un globe de verre par exemple, elle meurt.
Si on sort un poisson de l’eau, il meurt.

A quoi bon donc rechercher à me recentrer, à me connecter, à quoi bon rechercher quelque chose dans laquelle je baigne ? C’est comme si le poisson recherchait à se connecter à l’eau de l’océan !

Je suis, depuis des années (depuis mon enfance), en quête de complétude alors que je baigne dedans ! C’est mon propre ego qui m’en sépare…..

Si le concept de solitude est créé par mon ego, il est donc en mon pouvoir de m’en défaire et me libérer de la souffrance et des peurs qu’il entraîne.
La seule chose qui est réelle est la distance, l’éloignement et, là aussi, il est en mon pouvoir de la réduire, de me rapprocher.
Me libérant de l’idée même de solitude, je pourrai aller vers mes activités et mes relations (y compris ma relation avec Dieu) avec amour et liberté, sans en faire des moyens de fuir ou de combattre ma solitude, sans en avoir besoin pour me rassurer, ce qui est le cas, à l’heure actuelle, de la majorité de mes activités et de mes relations.
Le danger subsiste cependant que mon ego « récupère » cette prise de conscience et s’attribuant tout le mérite de cette découverte m’entraîne par un « Moi, je sais » vers un nouvel isolement, une nouvelle solitude. Je le « sens » bien, je l’observe….
A moi (?) donc de faire taire un peu le babillage incessant de mon hémisphère gauche et donner l’occasion à mon hémisphère droit l’occasion de me montrer les choses telles quelles sont : reliées, connectées…..

Schellebelle, lundi 23 mars-6 avril 2009


[1] Chez le bouddhistes le terme sanskrit Sunyata, se traduit soit par « vacuité » soit par « interdépendance » !…..

Schellebelle, le 27 juillet 2010

Une affirmation osée :

Oui, nous sommes éternels !

Pouvons-nous l’affirmer ?
Oui !
Car il nous est permis de prendre conscience, c’est-à-dire, de sentir dans chaque cellule de notre corps, cette énergie omni-englobante et omniprésente de l’univers, dont nous sommes, n’est-ce pas, une infime partie, qui dure déjà depuis la « nuit des temps » et qui n’est guère près de s’éteindre.
En ce sens, notre court passage sur terre, est une infime tranche d’éternité et une formidable opportunité d’en prendre conscience.

Nous vivons à chaque instant un moment d’éternité.

A chaque instant, la vie éternelle de l’univers coule en nous, comme en toute plante, en tout animal. Certes, ceux-ci sentent aussi cette vie « passer » en eux mais ne peuvent en prendre conscience comme nous le pouvons.

Le Bouddha a dit que l’être humain était le seul être qui pouvait prendre conscience de la vie.

Comme l’affirme Eckhart Tolle : « Le moment présent est l’une des porte d’accès vers l’intemporel, vers l’éternité ».

L’une des meilleures façons d’en prendre conscience est de le ressentir dans chaque fibre de notre corps.
Voilà, avec le libre choix (mais celui-ci est peut-être une illusion !), le plus cadeau qui nous est fait.

Guy Veyer, Schellebelle, 17/05/2011

 

 

2 réflexions sur “Philosophie

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