La solitude n’est pas une réalité


http://www.youtube.com/watch?v=QvFLBs9S8FY

Un article qui date un peu…je l’ai publié sur Facebook, il y a quelques années (!).
A deux reprises, je les ressorti récemment pour le partager avec des personnes qui semblaient être confrontées au problème de la solitude…
Entre-temps, je suis moi-même à nouveau confronté à ce problème..
D’où l’envie de le publier sur ce blog dans l’intention de le partager à un plus grand nombre (?)…dsc_0281-800x532.jpg

« La compréhension de l’ego marque le début de la cessation de notre isolement – donc de la solitude ». Jiddu Krishnamurti

Préambule

Il y a 2 ou 3 ans, je m’étais donné comme défi de me sentir connecté avec ceux que j’aime (et le reste du monde) sans leur parler, leur téléphoner, leur envoyer de courriel, etc,….

J’avais alors déjà pris conscience que ne supportant pas (bien) ma solitude, j’étais dans le manque, la dépendance et que, à certaines périodes de ma vie, j’entrais en relation (amoureuse) pour fuir mon angoisse de la solitude, de l’abandon.

Un signe également très révélateur de la souffrance que me procurait la solitude était ma surconsommation de nourriture, de sucreries, de boisson et mon besoin compulsif de compenser…..

Dépendance, manque, besoin de compenser = fuite, occultation de la souffrance causée par la solitude.

Lorsque j’ai pris ma pré-retraite, l’année passée, je n’ai pas voulu me lancer dans des tas d’activités pour occuper tout le temps libre que j’avais désormais devant moi. J’ai senti, confusément, que je devais vivre ma solitude, en faire l’expérience,….

Aujourd’hui, en lisant le livre « De l’amour et de la solitude », de Krishnamurti, une « évidence », que je qualifierais de « primordiale », est née dans ma conscience.

Le concept « solitude »

Vivre, c’est être en relation, en connexion avec le reste du monde.

Je ne peux pas être en dehors du monde, en dehors de l’univers. Donc je ne peux être isolé, seul. Il est idiot de penser pouvoir être hors du monde. C’est pourtant ce que je fais lorsque je me sens seul.

Que je le ressente ou pas, je suis connecté avec le reste de l’univers puisque je suis dans l’univers.

Si je considère la plus petite des cellules de mon corps, celle-ci n’est pas seule ni isolée. Elle est en connexion permanente avec toutes les autres cellules de mon corps.DSC_0242 (640x426)

La plus petite fleur des champs est « dans le monde » et donc en connexion avec celui-ci. Elle reçoit les rayons du soleil, la pluie du ciel, la nourriture du sol, se multiplie par le butinage des insectes et par l’ensemencement, etc,….

Le poisson dans l’océan, est-il seul ? Non, n’est-ce pas. Même la plus solitaire des espèces, celle qui ne vit pas en banc, est en connexion avec l’univers marin dans lequel elle vit, son environnement qui lui assure la (sur)vie et le « rassure ».

Même un poisson dans un bocal n’est pas tout à fait seul puisqu’il sent l’eau autour de lui, puisqu’on lui donne de la nourriture, puisqu’il voit des personnes et des animaux derrière son bocal….

Un homme sur une île déserte est-il vraiment seul ? Ou est-il seulement « éloigné » ?

Ainsi, étant une infime partie de l’univers, comme la cellule est une infime partie de mon corps, comme le poisson vit dans l’océan, je suis forcément en connexion avec tout l’univers.

Les physiciens et les astrophysiciens le découvrent chaque jour : tout dans l’univers, de la particule infiniment petite (quark, corde) jusqu’à la galaxie, est en interdépendance, en interaction.

Pourquoi ne suis-je pas rassuré dans mon environnement, ne suis pas en connexion avec lui ? Je ne peux, de toute évidence, pas être réellement, physiquement, coupé de l’interdépendance. Alors ?

Si je me sens seul, ce ne peut être qu’un effet de mon ego, de mon mental, de mon système de pensées.

Un nouveau-né se sent-t-il seul ?

Ce n’est que lorsque l’ego du petit enfant s’est développé que naît dans son esprit le concept de solitude, d’isolement et la peur de celui-ci ainsi que toutes les autres peurs qui s’en suivent : peur de l’abandon, peur du vide, de la vacuité ….

Ce concept lui vient probablement de l’amour possessif de ses parents qui créée la séparation, le besoin d’identification, d’appartenance,….

La solitude n’est donc pas une chose réelle mais une illusion créée par l’ego qui recherche l’individualité, l’isolement, la duplicité qui sont opposés à la complétude.

Ego = duplicité, individualité = isolement # complétude.

En visionnant ces jours-ci sur l’Internet la vidéo du témoignage de Jill Bolte Taylor (http://www.dailymotion.com/video/x8agq2_jill-bolte-taylor-sous-titre-franca_tech), j’ai reçu un éclairage différent du fonctionnement de notre cerveau et du rôle partagé de nos deux hémisphères. J’ai compris qu’ils fonctionnent tout à fait différemment, l’un, le gauche, développant l’ego et le rationnel et protégeant notre « personne » en en fixant les limites et l’autre, le droit, qui possède la conscience de l’interdépendance, de l’énergie de vie, de l’infini, de l’illimité, du moment présent.

Cela évoque pour moi le yin et le yang. Comme le yin et le yang, nos deux hémisphères, bien qu’ayant un fonctionnement opposé, se complètent et se dynamisent. Nous ne pourrions pas vivre dans une vision du monde sans limites.

Seulement, je crains fort, que dans peu de temps la boîte crânienne des générations futures ne finisse pas par se déformer et prendre un aspect dissymétrique, tant nous avons tendance à n’utiliser que l’un des deux hémisphères, le gauche, celui de l’ego, celui qui sépare !

Même si le veux, je ne peux pas -tant que je vis – être hors du monde, être seul.

Si on isole totalement une fleur, sous un globe de verre par exemple, elle meurt.

Si on sort un poisson de l’eau, il meurt.

A quoi bon donc rechercher à me recentrer, à me connecter, à quoi bon rechercher quelque chose dans laquelle je baigne ? C’est comme si le poisson recherchait à se connecter à l’eau de l’océan !

Je suis, depuis des années (depuis mon enfance), en quête de complétude alors que je baigne dedans ! C’est mon propre ego qui m’en sépare…..

Si le concept de solitude est créé par mon ego, il est donc en mon pouvoir de m’en défaire et me libérer de la souffrance et des peurs qu’il entraîne.

La seule chose qui est réelle est la distance, l’éloignement et, là aussi, il est en mon pouvoir de la réduire, de me rapprocher.

Me libérant de l’idée même de solitude, je pourrai aller vers mes activités et mes relations (y compris ma relation avec « Dieu ») avec amour et liberté, sans en faire des moyens de fuir ou de combattre ma solitude, sans en avoir besoin pour me rassurer, ce qui est le cas, à l’heure actuelle, de la majorité de mes activités et de mes relations.

Le danger subsiste cependant que mon ego « récupère » cette prise de conscience et s’attribuant tout le mérite de cette découverte m’entraîne par un « Moi, je sais » vers un nouvel isolement, une nouvelle solitude. Je le « sens » bien, je l’observe….

A moi (?) donc de faire taire un peu le babillage incessant de mon hémisphère gauche et donner l’occasion à mon hémisphère droit l’occasion de me montrer les choses telles quelles sont : reliées, connectées…..

Schellebelle, lundi 23 mars-lundi 6 avril 2009

Qu’en pensez-vous ? Est-ce que ce texte vous parle ? Quelle est votre expérience de la solitude ?

Identité


Jeudi passé, nous avons, Michèle et moi participé à un café Philo organisé par le Centre Culturel de Stavelot.

Nous nous étions portés volontaires pour lancer le débat, c’est-à-dire, pour présenter chacun un argument contraire.
Le thème de la soirée était : « La recherche d’identité, repli ou ouverture ».
Michèle avait choisi le repli et moi l’ouverture.

Le débat fut animé mais pas trop controversé.
Tout d’abord, nous avons fait la distinction entre identité et identification. Nous pourrions dire que l’identité est l’imag qui nous est accolée tandis que identification tient plus de l’appartenance, « je suis comme,je suis identique ». A mon sens la seconde est plus la conséquence d’un choix, d’une volonté personnelle.
Nous sommes tombés ensuite d’accord pour constater que la plupart de nos identités nous sont imposées : par notre naissance, notre hérédité, notre éducation, notre environnement familial et social.
Cela ressemble fort à un étiquetage.

L’identité est aussi un outil de comparaison.

Nous avons découvert que derrière l’identité se cache un besoin de sécurité, donc une peur et qu’elle est lié à des valeurs, des croyances, des besoins.
L’identité peut nous limiter et en cela entraver notre liberté. Il n’est pas toujours facile, voire impossible, de se libérer de son identité.

Cependant, dans le repli, le retrait, nous pouvons rechercher au fond de nous notre réelle identité qui nous guide vers notre unicité. Nous pouvons alors aller vers la confiance en soi et nous ouvrir ensuite aux autres….

Voici les textes que nous avions préparés pour le débat et que nous avons lus  (en bon bélier, j’ai ouvert le feu !):

La recherche d’identité, pour moi, c’est l’ouverture !

« Qui suis-je » ?
Lorsque j’entends cette question, je pense à un personnage de bande dessiné. Il a reçu un coup sur le crâne. Le cul par terre,  il a une guirlande de bougies, de cloches, d’étoiles et de zosieaux qui lui tourne autour de la tête.
Qui suis-je ? C’est la question que se posent ceux qui reprennent conscience…
De même, la recherche d’identité n’est-elle pas une prise de conscience, un éveil vers la quête de la connaissance de soi, qui passe par la (re)connaissance de l’égo ?

Il me semble que, depuis que j’ai quitté le doux cocon du ventre de ma mère, je suis sur ce chemin…

J’y étais bien, là, dans ce nid douillet. J’étais en union avec ma maman, en fusion, pour ne pas dire « un » avec elle…
Depuis ma venue au monde, j’ai gardé au fond de moi, je crois, la nostalgie de ces heureux moments.
Il m’a fallu m’en  séparer, quitter la douce chaleur du giron maternel, aller vers mon autonomie, construire ma personnalité.

Je suis le cadet d’une famille nombreuse (nous étions 8 à la maison !). J’ai donc appris à tenir compte des autres, à partager.
C’est pour cela, je crois, qu’aujourd’hui encore, je ne peux exister que par les autres.

Mon identité, c’est l’autre, les autres, autrui, mon « prochain »…
J’ai un tel besoin d’ouverture, de partage ! Si je ne me retenais pas, je partagerais tout, même mon corps !
A la maison, j’ai un téléphone fixe. J’attends impatiemment le soir ou le weekend pour appeler mes amis, ma famille et échanger avec eux.
J’ai aussi un Gsm. Dès que je vis une expérience particulière, j’envoie un sms pour la partager.
J’ai internet. Sur mon ordinateur, j’ai une liste de contacts e-mail considérable. Je collectionne les « amis » sur Face Book. J’y publie des photos. J’y partage des vidéos, mes états d’âme. J’ai même créé un blog où, là aussi, je partage, je partage, je partage…
Mon prochain stade sera sans doute de partager  « mobile » par le biais d’un « smartphone » ou autre tablette…je pourrais alors « m’ouvrir » à chaque instant.

Je crois que je suis un peu « accro », un peu dépendant !
Mais je me soigne ! Et cela, grâce à ma relation avec les autres.

L’autre est un miroir pour moi. Un miroir positif surtout. Oui, je l’avoue, je suis un peu narcissique !
J’ai découvert, cependant, qu’il existe aussi un miroir négatif et un narcissisme positif.
Le miroir négatif, c’est lorsque quelque chose m’agace, m’irrite chez l’autre. Cependant, je m’aperçois bientôt, en y regardant de plus près, que ce « défaut » est aussi en moi, bien enfoui, bien caché !...
Elisabeth Badinter, dans son ouvrage « XY, De l’identité masculine », cite Alex Mucchielli et les travaux de Sigmund Freud et d’Erik Erikson : « On se définit par des ressemblances avec certains et des différences avec d’autres. »
J’ai souvent déménagé dans ma vie. A chaque fois que je m’installe quelque part, j’essaie au plus vite de m’intégrer, c’est-à-dire, d’intégrer mon identité individuelle dans l’identité collective.
C’est sans doute ça le besoin d’appartenance.
Cependant, je me demande s’il n’est pas dangereux de suivre le groupe, de me fondre dans la masse, de fusionner mon égo à l’égo collectif. A trop s’intégrer, on risque d’aller vers l’intégrisme…

Ma recherche d’identité passe donc par l’ouverture vers le monde, vers les autres.
J’essaie désormais d’évoluer de la dépendance vers l’interdépendance.

Lorsqu’il m’arrive d’être seul à la maison, je pars dans mes pensées, dans mon mental. Je soliloque dans ma tête ! Ce faisant, je ne prends pas bien conscience de ce que je fais, de ce que je vis dans l’instant.
Heureusement, il y a le chien pour me rappeler à l’ordre ! « C’est l’heure de mon petit pipi ! », « J’ai faim ! »
Dès que ma compagne est rentrée alors je partage, j’échange, je confronte mon opinion avec la sienne. Et, surtout, je prends conscience de sa présence, donc de la mienne. Je « sens » que je suis. Je « sens » qui je suis. Surtout, lorsqu’elle me fait des compliments !
J’oserai donc paraphraser Descartes en affirmant : « J’échange donc je suis !»

Le Petit Robert donne comme 1ére définition du mot « identité » :  du bas latin, identitas, racine Idem « le même ». Caractère de ce qui est identique

Mon identité, c’est lorsque je trouve en l’autre des points de ressemblance.
Grâce à la Communication Non Violente, je sais que j’ai une multitude de besoins.
A moi, de m’en occuper.
Je sais aussi que ma partenaire  et tous les autres ont les mêmes besoins. Ils sont universels.
C’est en cela que je me sens identique.

Ma propre identité se trouve dans les accents que je mets sur ces besoins.
J’ai, par exemple, plus besoin de partager, d’échanger, de communiquer que ma partenaire qui est plus dans le repli.
Grâce à la confrontation de nos ressentis, grâce à nos échanges réguliers, j’espère apprendre à reconnaître en moi ce besoin de repli, de retrait.
J’aimerais qu’elle, de son côté, puisse retrouver en elle, le besoin de partage.

Alors, nous connaitrions et reconnaitrions nos identités réciproques.

Nous avons reçu pas mal de coups sur la tête au cours de notre existence.
Peut-être que bientôt, comme deux personnages de bande dessinée, nous allons reprendre conscience et nous nous demandez, à l’unisson :
« Qui sommes-nous ? »

 

La recherche d’identité par le repli

Que dit le Petit Robert sur l’identité : « Le fait pour une personne d’être reconnue pour telle, donc ce qui est unique, qui demeure identique à soi-même » ?

Notre identité varie et se définit suivant notre culture, notre religion, notre philosophie et la région du monde où nous sommes nés.

Nous sommes issus de la race humaine, de la même origine : les homos sapiens sapiens.

Je nous définit comme des êtres matériels et organiques faisant partie d’un Grand Tout.

Ce qui nous différencie sont nos réactions, nos réflexes, notre capacité d’agir différemment avec les conséquences qu’elles impliquent.

Nous ne sommes pas pleinement en paix avec nous-mêmes et notre histoire.
Nos relations sont souvent altérées et nous décidons de réussir dans tous les domaines : études, vie professionnelle, sociale  et affective, etc,…ce qui nous entraîne vers la performance et nous cherchons notre identité à l’extérieur de nous.
Nous nous cherchons dans la dualité, le monde de la compétition, celui du contrat marchand, de la publicité et du « prêt-à-jeter ».

Notre mental est donc imaginaire. Il est une fabrication sociale liée aux peurs, aux manques, à la perte. Nous nous accrochons à ce qui est stable donc illusoire et espérons combler un vide, à nommer l’indicible afin de nous donner une consistance.

Je vous invite à entrer dans l’expérience du repli, de l’intériorité. Celle qui est clarté de l’esprit et qualité de vie.

Notre identité est sagesse et non livresque. Elle vient du vent et de l’espace. C’est l’écoute d’un ouvert que l’on porte en soi. Elle vient de notre respiration, ce souffle qui apparaît à la naissance et disparaît à la mort.

Dans le silence et le non-agir, le sens, l’essence apparaissent. Nous sentons vers quoi nos forces tendent et quelles sont nos directions.
Nous faisons l’expérience de la traversée de nos peurs, de nos incertitudes, de nos souffrances.

Nous soulevons ce masque qui tend à faire croire à une hypothétique identité avec ses rôles, ses compromis entre soi, les autres et la société.
Notre véritable identité, notre vérité, notre humanité vient du réel de nos limites, de l’émergence de notre intelligence profonde et de notre cohérence.

Dans ce repli, nous allons vers une liberté intérieure, vers la possibilité de changer et de faire des choix matures.

Le repli est l’expérience de la finitude qui oblige à constater la réalité et le désir de l’infini.

Alors vient cette joie profonde, une sorte de frémissement intérieur.
C’est une lame de fond qui nous soulève et à certains moments nous éprouvons comme un étonnement de Bien-Être.

Michèle Juncker, Exbomont, le 16/11/2012