De l’amour,….


De l’amour

Après la lecture du livre de Luc Ferry, j’ai senti le besoin de lui envoyer ma réaction.

Là voici :

Monsieur Ferry,

Je viens de terminer la lecture de votre ouvrage “De l’Amour”.
Pour être honnête, lorsque je dis “terminé”, je devrais préciser que j’ai sauté le chapitre 3 sur l’art et l’éducation. Non pas que celui-ci ne m’aurait pas intéressé mais sa place dans votre ouvrage l’a rendu, à mes yeux, moins passionnant.
Le plus important me semblait avoir été dit dans les chapitres précédents.

Tout d’abord, une réaction presque à chaud (j’ai terminé de lire hier) : n’ayant pas fait d’études (je n’ai donc pas étudié la philosophie en Terminale), je me fais une autre idée de la philosophie. La vôtre, sauf votre respect, me semble très “intello”.
J’ai souvent “philosophé” avec des gens simples (je me souviens des conversations que j’ai tenues avec des africains et africaines de la rue à Djibouti qui me semblaient savoir donner un sens à leur vie) qui n’avait même pas été à l’école et qui pouvaient parlé de choses très profondes et très éloignées des contingences matérielles (et pour cause, me diriez-vous).
Je trouve votre philosophie très branchée “intellect”, je dirais guidée par l’hémisphère gauche du cerveau et très peu par l’hémisphère droit. En d’autres termes, je trouve votre “spiritualité laïque” très peu “spirituelle”.
Ce qui me manque dans “votre” philosophie, c’est “l’expérience de vie”. C’est sans doute ce que vous appelleriez la”pratique” de la philosophie. Vous ne parlez pas non plus du corps qui, nous le savons, n’est pas séparé de l’esprit, comme nous l’a enseigné trompeusement l’église et toute l’éducation judéo-chrétienne pendant de longues années.

Votre analyse est intéressante et je peux la suivre.Je partage également votre optimisme en ce qui concerne l’évolution de notre société/civilisation.
Il me manque cependant deux aspects primordiaux dans l’amour avec une minuscule ou une majuscule et le but principal de ce courriel est de vous en faire part :

1. l’amour de soi
2. l’amour du corps

1. Comme vous dites le principe de déconstruction nous amène à mieux nous connaître.
Je n’ai cessé en lisant votre analyse de ce principe à Krisnarmurti qui, lui aussi, etait un fameux déconstructeur ! Mais, son but avoué, sa philosophie, sa recherche de sens et de salut est, justement, la connaissance de soi.
Vous parlez, en parlant de l’amour, uniquement me semble-t-il, de l’amour de l’autre, qu’il soit proche ou prochain. Mais l’amour de l’autre ne passe-t-il pas, d’abord, par l’amour de soi ? L’autre est en nous, n’est-ce pas ?
Le véritable amour de soi, qui passe par la véritable connaissance de soi, est tout sauf de l’égoïsme. Il me semble que, au contraire, s’aimant vraiment, on peut plus facilement reconnaître l’autre et donc l’aimer.
Des outils comme la Communication Non Violente (*), en nous apprenant à connaître nos besoins et à la reconnaître comme universels peuvent, certainement, nous aider vers un Amour genre agapé (on parle en CNV “d’empathie”) et, pour ma part, devrait être enseigné dans les écoles.
La responsabilité est aussi une vertu qui serait intéressante à développer. Être responsable de sa santé physique et psychique, de ses actes, assumer nos côtés “ombre” pour mieux accueillir nos côtés “lumière”.
Et enfin, vivre en conscience. Qu’est cela ? L’Orient nous donne un tas d’outil pour expérimenter ce que c’est. Pour ma part, je renverserais la citation de ce premier humaniste qu’était Descartes. Non pas : “Je pense donc je suis” mais “Je vis donc je pense”.
La pensée à pris le pouvoir en Europe depuis ce principe-là et, on croit savoir tout et pouvoir tout comprendre, tout expliquer par la réflexion, l’intelligence. Mais l’important n’est pas d’abord de vivre et d’en être conscient. Or la pensée nous entraîne souvent bien loin de la “réalité” de nos perceptions du moment présent.
Savons-nous encore percevoir le monde qui nous entoure autrement qu’en l’étiquetant, le jugeant, le comparant, le condamnant, l’analysant ? Respirer et prendre conscience de notre corps, ce qui nous amène au point 2….
Être totalement “présent » à un coucher de soleil, n’est-ce pas de l’amour ? Être, de temps à autre, en “contemplation” ne nous empêche pas de passer à l’action mais nous permet d’agir avec plus d’amour…
Il y a beaucoup à dire et à faire de ce côté-là pour améliorer la qualité de nos relations, de notre Amour.

2. la révolution de 68 n’a pas été une révolution politique mais une révolution des mœurs. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle a changé nos rapports avec le corps !
Ce corps qui était tabou et l’est encore dans grand nombre de religions est devenu un objet de culte (d’où le mot “culturiste” ? :-) !
Il me semble que vous auriez pu en parler….
Et là aussi, il me semble qu’il y a encore beaucoup à dire et à faire pour améliorer la qualité de cette relation-là !
Nous sommes en Europe, comme vous l’écrivez (tiens, auriez-vous oublier que les États-Unis d’Amérique existent), encore enclins à voir le corps et l’esprit comme deux entités différentes. C’est pourquoi, l’amour du corps reste très superficiel !

Seriez-vous encore très influencé par votre éducation, votre conditionnement que vous n’en parlez pas ?

D’autre part, “j’habite”, il me semble, tout à tour et, probablement, simultanément différents principes décrits dans votre livre : le principe cosmologique, humaniste et de déconstruction et, je suppose aussi mais certainement de moins en moins, le principe théologique (mais je me méfie de mon côté déconstructeur/révolutionnaire !).
En ce qui concerne le principe cosmologique, lorsque je l’habite (justement !), je ne sens pas le Cosmos comme extérieur à moi mais bien comme le lieu où j’habite (!) et dont je fais donc partie intégrante. Il y a sans doute transcendance mais aussi, simultanément, immanence. Je ne conçois pas qu’une partie infime de moi “retournera” au cosmos puisque j’en fais partie depuis ma naissance (et comme je suis fais de la matière que les étoiles, peut-être avant…).
Quant aux découvertes récentes dans le domaine subatomique et cosmologique, ne vont-ils pas aussi dans le sens du deuxième humanisme ? Vous n’en dites-rien alors que ceci est en train de bouleverser toutes nos conceptions de la Vie !
Vous savez sans doute que les scientifiques ont découvert que l’univers est fait, à côté de la matière dont nous sommes faits et la lumière que nous percevons, en grande partie d’une énergie qu’ils ont appelés “noire” mais qu’on pourrait appeler “invisible”.
Une énergie qui dynamisme l’univers et le maintient cohérent. Est-ce que cela ne ressemble pas à de l’Amour ? :-) .

Pour finir, je dirais que votre ouvrage ressemble plutôt à un plaidoyer socio-politique qu’à un ouvrage philosophique.

Ceci dit, je crois comme vous à l’avènement de ce que vous appelez le deuxième humanisme qui selon moi passera par une transformation intérieure de l’humain lorsqu’il aura (re)trouver le lien entre la matière (dont son propre corps) et l’esprit…

Je suis prêt à en débattre avec vous

Je vous remercie, “avec amour”, d’avoir écrit et publié cet ouvrage.

Je voudrais terminer par me citer moi-même :”L’amour, c’est être le plus vrai de soi en présence de l’autre”.
Je joins également un petit texte que j’ai écrit sur la pensée superflue.

Bien à vous,

 

Exbomont, 10/09/2012

(* de Marshall Rosenberg)

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